dimanche 2 décembre 2007

Les Passagers du Roissy-Express

Les Passagers du Roissy-ExpressInvitation au voyage. Sortons des livres théoriques sur l'urbanisme pour aborder un récit de voyage, et pas n'importe lequel. Un matin de mai 1989, François (Maspero, l'auteur et narrateur) et Anaik (Frantz, la photographe) ont rendez-vous à l'aéroport de Roissy, destination... la ligne B du RER, ses arrêts couvrant la banlieue parisienne du Nord au Sud, et à l'arrivée 30 jours d'un journal de voyage qui n'a rien à envier aux précédents périples chinois de Mr Maspero.

Petit point géographique, cette ligne B couvre la région du Nord au Sud, du Vexin à la Bièvre, des coins les plus "difficiles" (Aulnay, La Courneuve, Drancy) aux villes les plus chics (Sceaux, Bourg-La-Reine), voire la pleine campagne, comme son terminus Sud, St Remy Lès Chevreuse. On a donc, en un voyage sur le Réseau Express Régional, une sorte de résumé de la région parisienne, ses paysages naturels et urbains, ses habitants, ses problématiques urbaines et sociales.


Le livre a été écrit en mai 1989, époque du Bicentenaire (de la Révolution Française, souvenez-vous les banquets du 14 juillet), et également période trouble en Chine (Tien-An-Men, c'était 1989 également). L'édition poche nous offre une postface de François Maspero, datant de 1993, dans laquelle il constate que beaucoup de choses on -déjà- changé depuis leur voyage, notamment en préparation de la Coupe du Monde de 1998, catalyseur de nombreux changements dans la Plaine de France, vers Saint Denis. En revanche, quelle permanence, quelle acuité sur le mal-être des "cités" ! pas de fatalisme ou de généralités, le livre est bien trop humain et bien trop proche des habitants pour cela, mais simplement à l'époque un constat d'isolement de ces ensembles bâtis au plus vite pour accueillir des populations nombreuses, et qui, dans beaucoup de cas, ont peiné à s'intégrer dans le tissu urbain existant, jusqu'à ces séparations visuelles fortes sous forme d'autoroutes, voies ferrées, ou parcs ("zone verte" ? "zone franche" ?) qui interdisent tout maillage entre la cité (hlm) et la cité (historique).J.F. Gravier nous avait initié à Paris et au désert français, nous plongeons ici dans "Paris et la banlieue parisienne", et c'est peu de dire que les voisins (Paris et sa banlieue) ont chacun leur identité propre. On peut même dire qu'après la destruction des fortifications, leur remplacement par un énorme boulevard dit "périphérique n'a fait que renforcer cette séparation à la fois administrative et physique. Et si nos deux voyageurs sont parisiens, leur périple les entraîne dans des lieux qui leur étaient jusqu'alors parfaitement inconnus. Côté banlieue même combat, un francilien n'est pas un parisien, comme en témoigne le texte "Saint-Denis" de Grand Corps Malade, avec cette phrase: Ici on est fier d'être dyonisiens, j'espère que j't'ai convaincu. Et si tu m'traites de parisien, j't'enfonce ma béquille dans l'....
Voyage donc dans l'inconnu, à la porte de Paris.



Drancy, et sa Cité de la Muette font partie du périple, et on s'autorise un arrêt dans le temps et l'histoire. Ce passage du livre résonne en écho avec l'article de Françoise Choay, dans Pour une anthropologie de l'espace, où elle s'interroge sur le double destin de cette cité, à la fois lieu de mémoire et toujours hlm. Les deux livres se complètent admirablement sur ce sujet.


Dans un univers francilien si bien pourvu en transports en commun, on découvre avec les auteurs la vertu (et la force) de la marche à pied. D'abord rendue nécessaire par la distance souvent grande entre les stations de RER et les vrais centres (ce n'est pas par hasard si beaucoup de stations de RER ont un double nom: c'est justement qu'elles sont entre deux villes, donc quasiment nulle part), elle devient instrument de re-découverte de ces paysages qu'on ne fait généralement qu'effleurer par la fenêtre du wagon ou de l'automobile. On n'est pas loin de David Le Breton et de son Marcher : Eloge des chemins et de la lenteur, et le récit de François Maspero prend des allures de quête, de récit initiatique, où les héros prennent petit à petit la mesure de leur démarche.


On l'aura compris, un livre de chevet qui tient à la fois du récit de voyage, de l'enquête sociologique, et de la quête personnelle (le ton de François Maspero est très personnel). A lire d'urgence, juste pour le plaisir, et pour les réflexions qu'il engendrera.

3 commentaires:

David Cousin-Marsy a dit…

Bonjour,

Votre note sur le livre de Maspéro m'a donné envie de le relire et d'entreprendre par la même occasion une relecture "in vivo" du paysage traversé par la ligne B, entre permanence et bouleversements. Je vous conseille le livre de François Bon, "Paysage Fer" et je profite de ce message pour vous inviter à découvrir mon travail photographique sur http://www.vuenville.com
David.

Anonyme a dit…

merci Eric de nous guider sur la voie de l'architectonique

Anonyme a dit…

je reponds à une question page 233 de votre livre LES PASSAGERS DU ROISSY-EXPRESS que sont devenus les IZZI ? je pense que les personne dont vous parlez est mon pere et sont frere,décédé à ce jour, je suis sa fille pour toutes reponses m'envoyer un mailà : nicole.izzi@hotmail.fr
merci