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samedi 22 décembre 2007

Retour sur les hexagones

Dans un article d'avril, je faisais état d'un étude théorique portant sur un plan d'aménagement en hexagones, pouvant servir de référence à la fois dans le plan des immeubles et dans la structure des quartiers d'habitation.
Lisant récemment L'art de bâtir les villes, je fus très surpris de constater que Camillo Sitte abordait également ce thème, dans le cadre de la notion modje tombe sur cette critique acerbe de Camillo Sitte sur le même sujet:
Dans un découpage parcellaire, la valeur maximale du terrain à bâtir est atteinte lorsque chaque bloc présente un rapport maximal entre son périmètre et sa surface. D'un point de vue purement géométrique, des parcelles rondes seraient plus avantageuses, et il faudrait les disposer comme des billes de taille égale serrées le plus étroitement possible : en l'occurrence, six devraient en entourer une septième. En traçant entre ces blocs des rues droites et de largeur constante, les cercles deviendraient des hexagones réguliers ressemblant à un carrelage ou aux cellules d'une ruche. On a peine à croire que l'homme soit capable de mettre à exécution une idée aussi pesante de laideur et effrayante de monotonie, et qui ruine à ce point toute possibilité d'orientation. Cette chose incroyable est cependant devenue réalité, à Chicago. Voilà donc la quintessence du système de blocs. Une chose est sûre: l'art et la beauté n'y ont pas la moindre place.
La note de l'édition actuelle (Points Seuil) précise qu' "on ne connaît aucune réalisation, ni même de projet qui corresponde à cette description". Mon étude théorique reste donc ce qu'elle est: un essai sur le sujet visant à comprendre graphiquement les avantages et contraintes apportées par ce modèle.

dimanche 2 décembre 2007

Les Passagers du Roissy-Express

Les Passagers du Roissy-ExpressInvitation au voyage. Sortons des livres théoriques sur l'urbanisme pour aborder un récit de voyage, et pas n'importe lequel. Un matin de mai 1989, François (Maspero, l'auteur et narrateur) et Anaik (Frantz, la photographe) ont rendez-vous à l'aéroport de Roissy, destination... la ligne B du RER, ses arrêts couvrant la banlieue parisienne du Nord au Sud, et à l'arrivée 30 jours d'un journal de voyage qui n'a rien à envier aux précédents périples chinois de Mr Maspero.

Petit point géographique, cette ligne B couvre la région du Nord au Sud, du Vexin à la Bièvre, des coins les plus "difficiles" (Aulnay, La Courneuve, Drancy) aux villes les plus chics (Sceaux, Bourg-La-Reine), voire la pleine campagne, comme son terminus Sud, St Remy Lès Chevreuse. On a donc, en un voyage sur le Réseau Express Régional, une sorte de résumé de la région parisienne, ses paysages naturels et urbains, ses habitants, ses problématiques urbaines et sociales.

dimanche 23 septembre 2007

Si la ville m'était contée

Si la ville m'était contée...Quasiment un livre de chevet, ou plutôt un livre de voyage, le seul vraiment utile à en croire ses auteurs, qui invitent le lecteur à une re-découverte de la ville par ses propres moyens, très loin des poncifes des guides de voyage.
La structure de ce livre est ce qui en fait son charme (et son efficacité), qui invite à la réflexion mais aussi à l'action: la première partie est ponctuée d' "exercices urbains", où le lecteur devient acteur/spectacteur, se lançant dans sa ville à la recherche d'indices, questionnant ses voisins, ses commerçants, ses élus pour vraiment ressentir sa ville. La deuxième partie du livre propose dix "clés" pour comprendre la ville, qui sont autant d'histoires, ou de pistes de réflexion.


D'autres personnes ont écrit plus (et mieux) que moi sur ce livre. Citons, entre autres:
  • Clara Jezewski-Bec, article publié dans la revue Pouvoirs Locaux et reproduit sur le site EspacesTemps.net - lire l'article
  • Boris Maynadier, sur son blog "Branding the City", dans un article intitulé "Méfiez-vous du marketing" - lire l'article
Le mieux est encore d'acheter ou d'emprunter ce livre, et d'aller arpenter vos rues, vos quartiers en vous servant de certaines activités proposées comme autant de fils directeurs, et vous verrez que la ville prendra un tout autre aspect.

jeudi 21 juin 2007

Architecture et langage

Après avoir exploré les liens entre architecture et typographie, par l'entremise de Mr Adrian Frutiger, attachons-nous maintenant au "langage" architecturale, avec l'aide de Mr Witold Rybczynski, déjà cité précédemment dans un article concernant la photo d'intérieur.
Dans le paragraphe ci-dessous, Mr Rybczynski rapproche le "langage" architectural plutôt de l'argot, avec ses évolutions par rapport à la "norme", et ses tentatives sans cesse renouvelées par ses auteurs d'en inventer de nouvelles règles, de nouveaux "mots".
If architectural style is a language - an analogy that is deeply flawed - it is closer to slang than to grammatical prose. Architectural style are mutable, unregulated, improvised. Architects break the rules, and invent new ones. In part, this is simply the irrepressible urge of creative individuals. In part, architects break stylistic rules because they can. After all, most of the rules that govern building designs - fire codes, building codes, zoning laws, budgets, programmatic requirements, engineering norms - are outside the architect's control; stylistic rules are firmly within his preview. Since architecture is so intensely competitive, doing something unexpected, unusual, or just different is a way to be noticed, to rise above the crowd.


in W. Rybczynski, The Look of Architecture, Oxford University Press

lundi 11 juin 2007

Léon Krier: Architecture, choix ou fatalité

Architecture: Choix ou fatalitéDans son livre, écrit en 1999, Léon Krier trace sa vision d'une architecture et d'un urbanisme, à l'opposé du modernisme ambiant, où il serait possible de bâtir et d'agencer selon des canons plus "traditionnels", sans nécessité d'obéir à de pseudo mouvements modernistes.

En exemple, voici quelques phrases glanées dans le livre:
Les architectes modernistes expliquent la difficulté d'approbation générale que rencontrent les oeuvres par leur nouveauté. Pourtant depuis un demi-siècle, le modernisme n'est plus nouveau, et d'ailleurs la nouveauté est en général un encouragement à l'achat. Qui plus est, les oeuvres modernistes rencontrent une difficulté existentielle fondamentale: la période de familiarisation avec le public excède en général leur capacité de vie.


quelques liens sur ce livre, et Léon Krier:

samedi 26 mai 2007

Les photos d'intérieur: où sont les humains ?

Deux questions en fait: pourquoi la majorité des photos d'intérieur ne montrent pas de "vrais gens", et où est ce désordre si caractéristique de l'appropriation de l'espace par les humains ?
Dans son livre The Look of Architecture, Witold Rybczynski aborde ces point à propos des photos d'architecture moderne. Qu'il me soit permis ici d'en citer un paragraphe:



Never is modern architecture photography more misleading than in its portrayal of domestic interiors. Interiors are usually photographed empty or with minimal furnishing, before the owners have had the opportunity to move in and (presumably) defile the purity of the design. But even if the space is occupied, strict conventions prevail: furniture must be line up just so; there must be no distraction, no half-empty tea cups, no crumpled newspapers, no abandoned children's toys. Books on shelves are arranged to create interesting patterns, personal mementy are temporarily banished - everything must be neat. I once observed a photographer's assistant during a photo shoot comb out the fringe of a rug. Such pimping and visual edits set off the architecture to its best advantage. Is also - not incidentally - gives the impression that the designed interior is autonomous and self-contained: in other words, that it is a work of art. Markedly, these photographs never include human figures. People would be the greatest distraction of all.

pour continuer vos réflexions:
  • lien amazon sur le livre sub-cité
  • lien WikiPedia sur l'auteur (en anglais malheureusement)

dimanche 13 mai 2007

Architecture et typographie


Dans deux de ses livres, l'Homme et ses signes, et A bâtons rompus, le typographe Adrian Frutiger jette des ponts entre architecture et typographie. Certes il n'est pas le premier à établir ce lien, mais, de façon intéressante, le sujet est le plus souvent couvert sous l'angle des typographies utilisées pour la signalétique des bâtiments ou des ensembles urbains - et leur adéquation.
Adrian Frutiger, lui, fait la comparaison entre les styles historiques des bâtiments et les styles historiques d'écriture, s'attachant à démontrer comment architecture et typographie deviennent un reflet fidèle de leur époque. Les dessins à gauche de cet article en sont une toute petite illustration, s'appuyant sur les périodes Renaissance et Néo-réaliste.

Autre types de parallèles dressés par Adrian Frutiger entre les deux univers "graphiques": l'utilisation de l'espace, notamment l'importance à niveau égal des ombres et lumières.

Les deux ouvrages sont disponibles à l'achat sur Amazon.
Le site de l'éditeur Yves Perrousseaux donne également plus de détail sur ces deux livres en français d'Adrian Frutiger (auxquels Yves Perrousseaux a personnellement participé).

Petit aparté à ce blog d'architecture: on trouve également chez cet éditeur d'excellents ouvrages de référence en matière de typographie et de mise en page.

dimanche 6 mai 2007

Gothique

L'architecte gothique recherchait l'élancement vers le ciel; ses édifices paraissaient défier les lois de la gravité. Il maîtrisait un art de la construction élégant et audacieux, et son chef d'oeuvre était la grande cathédrale. A l'intérieur, il y avait des forêts de piliers très élancés s'élevant jusqu'à des hauteurs inouïes, et donc les nervures s'épanouissaient comme les branches des arbres. L'extérieur était un immense réseau de contreforts et d'arcs-boutants qui supportaient la structure précisément au point où sa fine enveloppe extérieure risquait de se briser. La cathédrale gothique était semblable à un magnifique squelette dont toutes traces de muscles et de peau on été enlevées. [...]
Puis vient la Renaissance, et un trouva leur oeuvre barbare, "gothique" - d'un style digne des Goths à demi sauvages qui, si on les compare aux Grecs et aux Romains de l'Antiquité, n'avaient pas une culture leur permettant d'appréhender la forme pour elle-même, indépendamment de la construction et de tous ces détails superflus.

in S.E. Rasmussen, Villes et Architecture, Ed. L'Equerre

pour se faire une idée, sur WikiPedia une gallerie de photos de l'art gothique en France.

dimanche 29 avril 2007

Le Métro parisien

Sur WikiPedia, on trouve un article complet sur le métro, incluant même des "astuces" et un lien sur les stations fantômes, mais curieusement pas cette méthode de calcul du temps de trajet, décrite par Jean-Paul Lacaze dans son livre Paris, urbanisme d'Etat et destin d'une ville.
Avec une interstation moyenne de moins de cinq cent mètres, le métro dans Paris ne peut prétendre qu'à une vitesse commerciale inférieure à vingt kilomètres-heure.
Il en résulte un moyen très simple de calculer la durée d'un trajet en métro: il dure une minute et quarante-cinq secondes par station franchie, à condition d'y ajouter l'équivalent de deux stations pour chaque correspondance.
Mais à ce prix, il assure une qualité de desserte assez remarquable, puisque très peu de points, dans la ville et la proche banlieue, sont situés à plus de dix minutes de marche d'un accès de métro.


Le livre de J.P. Lacaze, intéressant à plus d'un titre, et bien au-delà de cette anecdote sur le métro, est également disponible sur Amazon.

dimanche 22 avril 2007

Une définition de l'architecture

Dans son livre Architecture, choix ou fatalité, Léon Krier relit à sa façon les origines grècques du mot "architecture":
Le terme "architecture" signifie littéralement le commencement (arkhè) de la charpente (tekton), c'est-à-dire l'origine de la construction, la forme originale et archétypale, libre de tout aspect de style et de superfétation. Il y résonne aussi l'ancienneté immémoriale (arkhaios). Ainsi se révèle la vraie signification des valeurs intemporelles des principes classiques.

Je consacrerai une note plus complète sur ce livre dans un prochain article.

samedi 21 avril 2007

Urville


Cette ville existe, c'est sûr ! Comment pourrait-il en être autrement pour une ville de 12 millions d'habitants, reliée au monde par 4 aéroports et 5 gares ?
Car c'est bien cela la particularité de cette utopie: elle a son plan évidemment, mais aussi et surtout son histoire et ses personnages célèbres - pas seulement les architectes, mais simplement les habitants, écrivains, artistes, héros des différentes guerres. Gilles Tréhin n'a pas seulement dessiné sa ville imaginaire, il lui a donné une vie.

Son site permet de retrouver toutes les informations. Les dessins bien sûr, et tous les détails encyclopédiques concernant cette ville.

dimanche 15 avril 2007

Origine du mot "boulevard"

Le mot "boulevard" provient du mot nordique bulvirke qui signifie palissade, forme de défense médiévale, utilisée avant l'apparition des vrais murs d'enceinte et des remparts. Le boulevard est la ligne de fortification elle-même, mais quand celle-ci fut transformée à Paris en longues promenades bordées d'arbres, on gardera cette appellation. Et, quand plus tard encore, sous Napoléon III de larges artères radiales, également plantées d'arbres, furent percées partout à travers la vieille ville on les appella aussi boulevards. Aujourd'hui, ce mot signifie simplement: large avenue bordée d'arbres.

in: S.E. Rasmussen, Ville et architecture

Georges Perec donne une définition proche dans Espèces d'espaces, sans pour autant remonter jusqu'à l'origine nordique du mot.

samedi 31 mars 2007

Bernard Préel: Les deux songes de la ville


Il est toujours intéressant de se pencher sur des ouvrages d'anticipation avec le recul du temps, surtout quand il s'agit d'anticipation sur le moyen terme. Ainsi, dans son livre "Les deux songes de la ville", écrit en 1995, Bernard Préel nous livrait non pas une, mais deux visions possibles de l'évolution de la ville moderne.

Dans le premier songe, les habitants fuient la ville surpeuplée et polluée, et redécouvrent les joies de la campagne, sans pour autant renoncer à leurs métiers (via le teletravail), ou à leur confort (via les livraisons à domicile, notamment). Le développement de ce que Bernard Préel appelle les "Exurbains" a été rendu possible par un changement radical de position sur le réchauffement climatique: les experts auraient déterminé que la circulation automobile n'influe en rien sur l'effet de serre. Du coup circuler en voiture n'est plus tabou, et l'allongement des distances plus un problème.
Quelque 12 ans plus tard, force de constater que ce changement de position n'a pas eu lieu, bien au contraire. En revanche, les développements de nouvelles sources de propulsion non polluantes, telle que la pile à combustible, pourraient bien permettre un jour la circulation en masse de véhicules réellement propres.
Même si ce postulat du premier songe est discutable, le livre contient des analyses pertinentes de nos évolutions de modes de vie. Ainsi sur les téléservices.
"Les téléservices iront beaucoup plus loin, plus vite et donc plus fort que l'automobile. Les marchands le comprendront à leurs dépens. L'automobile les a forcés à venir en rase campagne, hors-la-ville, pour s'y faire assassiner par le téléachat et les catalogues électroniques interactifs ! La ville, mais aussi l'entreprise vont venir s'éteindre dans la maison. Avant, dans la société urbaine, il fallait absolument pour bien vivre être entouré de mille petits métiers de services vivant du monopole de la proximité. Maintenant non. La livraison à domicile par les réseaux économise tellement de temps que, chaque fois qu'elle est financièrement abordable - et avec le progrès de la miniaturisation, c'est de plus en plus fréquent -, elle s'impose. Mort des bains-douches, des lavoirs, des fontaines, des kiosques à musique; déclin des cinémas, des blanchisseries, des théâtres, des stades, des commerces alimentaires, des cafés. Une anémie pernicieuse a fait péricliter les services et entraîné à sa perte la ville, privée de ses animateurs."
Le deuxième songe brosse au contraire le portrait d'une ville qui a su retrouvé son dynamisme, et s'imposer comme élément central de l'animation et du développement.

Comme le conclut Bernard Préel, avec deux visions, il n'a pas de préférence, la vérité si situe(ra) sans doute entre les deux.

Pour (re)lire cette fable intéressante, à une époque ou la ville et ses banlieues sont au centre de maintes discussions, suivez le lien Amazon du livre.

samedi 17 mars 2007

Ricardo Bofill - Espaces d'une vie

Voici un résumé écrit en 1994 du livre de Ricardo Bofill et Jean-Louis André, Espaces d'une vie, qui livrait au public français une partie de la vision de l'architecte catalan.

Ce résumé est un PDF de deux pages, donc voici les premiers paragraphes:
“Parce qu’elle se définit comme l’art de composer l’espace, l’architecture ne connaît guère d’enfants prodiges. Ici plus qu’ailleurs, les coups de génie exigent patience et travail.” C’est par cette phrase très austère que commence la partie CREER du livre de Ricardo Bofill, Espaces d’une vie, et cette phrase résume à mon sens deux des idées essentielles de ce livre : la composition de et avec l’espace, et le travail. Composition à un double niveau, car il faut que l’architecte à la fois modèle un espace vide (“remplacer le non-être par de l’être”) et s’intègre dans celui-ci. Travail, car l’architecte se doit, pour laisser parler son génie, de maîtriser à la fois la technique de construction et le langage de l’architecture.
Quatre thèmes se dessinent donc autour de ces deux idées, quatre thèmes assez proche pour que leur ordre importe peu, ainsi que le montre l’organisation-même du livre : maîtrise de la technique de construction, maîtrise du langage architectural, intégration des bâtiments dans l’espace et intégration de ses créations dans les créations mondiales.

La suite du résumé à télécharger ici:

Quelques liens:
  • le livre sur Amazon
  • article en français sur Ricardo Bofill sur WikiPedia
  • site officiel de l'architecte (attention: espagnol ou anglais uniquement)